La gravité d'un rapport de l'ONU ( Knack - 30/10/2002 au 4/11/2002 )
A la suite de ce rapport de l’ONU, Pierre Chevalier (VLD) peut-il rester à la fois sous-président de George Forrest International et président de la commission des Relations extérieures de la chambre? Et quelle est la réaction de Johan Van Hecke (VLD) face aux accusations de l’ONU à l’égard de Salim Saleh, frère de son bon ami le président ougandais ?
Dirk Van der Maelen, président de la fraction SP.A à la chambre, estime qu’après le récent rapport de l’ONU, vous devez faire un choix entre vos deux fonctions. Ce rapport plaide en faveur de sanctions contre M. Forrest et ses entreprises.
PIERRE CHEVALIER : j’attends les conclusions de la commission Grands Lacs et l’approbation du rapport du groupe d’experts de l’ONU. Je n’adhère certainement pas à ce Maccarthysme de gauche, qui voudrait démontrer que je dois démissionner. En outre, Dirk Van der Maelen n’a pas à me donner de leçon. Il fut lui-même conseiller de cabinet de Willy Claes (SP.A) durant la période Agusta, et il s’est impliqué dans le dossier sur le Népal. Aujourd’hui, il essaie de se refaire une image propre, mais cela ne fonctionne pas comme cela. S’il s’avère qu’une enquête sérieuse débouche sur des résultats sérieux, alors je suis prêt à en tenir compte. Mais pas avant cela.
Craignez-vous que le débat fasse tache d’huile dans votre propre parti ?
PIERRE CHEVALIER : (réfléchit une seconde) Dans le monde politique, il est des moments où tous les moyens sont bons. S’il s’avère qu’une discussion est nécessaire, je suis prêt à y participer de manière sereine. Mais alors, il faudra discuter des mandats de chacun dans le parti. Cela soulève la question de savoir ce qu’il faut faire lorsqu’une entreprise est mise en cause ? En d’autres termes : Jean-Luc Dehaene (CD&V) aurait-il dû immédiatement démissionner après les premiers rapports sur les fraudes éventuelles chez Lernout & Hauspie ? Doit-il aujourd’hui démissionner de chez Umicore parce que l’entreprise est également citée par le groupe d’experts de l’ONU ? Mark Eyskens (CD&V) doit-il démissionner de la BBL ? Ces questions n’auront pas de réponse tant que l’on ne disposera pas des faits avérés. Le groupe d’experts de l’ONU a une vision unilatérale des choses. George Forrest n’a pas été entendu.
Cependant, il a bien été entendu par la commission d’enquête Grands Lacs. Celle-ci s’est posé des questions quant à la véracité de certaines de ses allégations. Il a affirmé n’avoir jamais été cité dans aucun rapport de l’ONU, alors qu’un rapport d’une commission de surveillance en Angola mentionnait son nom (en tant que co-exploitant d’une mine de diamants en Angola).
PIERRE CHEVALIER : Il y a un rapport des services belges de renseignements militaires que personne ne prend au sérieux. M. Forrest aurait effectué une intervention technique à la demande du gouvernement angolais, mais il n’a jamais été impliqué dans l’exploitation diamantaire. On raconte n’importe quoi. Examinons d’abord les faits concrets, et tirons-en les conséquences. Je n’ai pas encore vu la moindre preuve de tout ce que l’on reproche à M. Forrest.
Le groupe d’experts de l’ONU a émis de fortes critiques à l’égard du projet STL (Scories du Terril de Lubumbashi) de M. Forrest. Via STL, le groupe George Forrest, en collaboration avec le groupe finno-américain OMG, se seraient appropriés tous les bénéfices d’un stock de germanium. Gécamines aurait ainsi perdu la totalité de ces revenus.
PIERRE CHEVALIER : Forrest ne tire absolument aucun bénéfice du germanium, c’est on ne peut plus clair. On lui a simplement demandé de servir d’intermédiaire entre OMG et Gécamines, ce qu’il a accepté. Et maintenant, on l’accuse d’avoir détourné les bénéfices !
Ce que l’on prétend à propos de M. Forrest serait faux ? Y aurait-il un complot à son égard ?
PIERRE CHEVALIER : Quand je vois que des grands groupes, même belges, peuvent se lancer dans des exploitations où ils collaborent avec des trafiquants libanais ou grecs...(Une allusion à Umicore, que M. Chevalier refuse de confirmer.) Je trouve que l’attitude à l’égard de M. Forrest est trop simple. Si l’on peut prouver qu’il a réellement commis des fautes, je commencerai à y réfléchir. Mais aujourd’hui, je reste à ses côtés. Une entreprise qui travaille depuis 80 ans au Congo et qui génère de nombreux emplois, voilà ce à quoi j’aime contribuer.
Vous n’accordez pas grande importance aux graves accusations du groupe d’experts de l’ONU ?
PIERRE CHEVALIER : Je me pose des questions quant à la méthode de travail de l’ONU. Je suis d’accord avec les déclarations du Conseil Supérieur du Diamant : les groupes d’experts sont trop nombreux, et ils ont tendance à se perpétuer. Peut-on encore prendre les Nations Unies au sérieux ? J’en doute...
Il est de notoriété publique que vous entretenez d’étroites relations avec le président Yoweri Museveni. Quelle est votre réaction face au rapport de l’ONU ? L’ancien général Salim Saleh, le frère du président, y est cité comme "l’une des figures clés" d’un réseau ougandais qui finance des groupements paramilitaires en échange d'intérêts commerciaux dans des régions riches en coltan, en or et en diamants.
JOHAN VAN HECKE : Permettez-moi d’abord de relativiser. Nous (Johan Van Hecke et son épouse, Els De Temmerman) ne sommes pas vraiment des amis intimes de Museveni. Ce n’est pas parce que certains journalistes le prétendent qu’il s’agit d’une réalité. Au cours des six dernières années, j’ai du rencontrer M. Museveni trois ou quatre fois, dont une en Belgique, lorsque j’étais encore membre du parlement. Une fois, il ne m’a même pas reconnu. Et je ne connais absolument pas Salim Saleh, son frère, qui est cité dans le rapport. Je ne l’ai jamais rencontré.
Vous étiez tout de même au courant de ses activités ?
JOHAN VAN HECKE : Non, comment l’aurais-je été ? Il y a bien eu des rumeurs, surtout concernant la femme de Salim Saleh. Dans le passé, son nom a été évoqué à quelques reprises dans plusieurs scandales. On a également prétendu qu’elle était la plaque-tournante d’un trafic de diamants. D’ailleurs, en Ouganda, tout le monde pense que cela fait longtemps que la relation en Museveni et son frère n’est plus au beau fixe. Salim Saleh était auparavant le chef d’État-major de l’armée, et suite à une suspicion d’implication dans un scandale, il fut dégradé par Museveni. Je ne vois, dans le rapport de l’ONU, aucune preuve d’une éventuelle implication du président en personne.
Les spécialistes de l’Afrique affirment pourtant : Salim Saleh s’occupe des affaires financières, son frère, des affaires politiques. Il semble qu’il y ait entre eux une collaboration assez étroite...
JOHAN VAN HECKE : Je pense que nous devons attendre le nouveau rapport de la Commission Porter (Une commission d’enquête établie par le Commonwealth). Je suppose que cette dernière aura investigué davantage que le groupe d’experts de l’ONU. Elle a également interrogé Museveni et toutes les autres personnes éventuellement impliquées. Ce rapport éclairera l’affaire sous un tout autre angle. Il pourra en tout cas clarifier s’il est question d’une éventuelle implication directe ou indirecte du président. Ce rapport de l’ONU contient de réelles injustices, et c’est regrettable.
Vous ne prenez donc pas le rapport de l’ONU au sérieux ?
JOHAN VAN HECKE : Bien sûr que si. Le centre du problème, à savoir le pillage à grande échelle commis par la nouvelle élite, était déjà connu depuis longtemps. En son temps, j’ai déjà introduit une résolution au parlement qui condamnait vertement cette dérive.
Quoi qu’il en soit, l’affaire Salim Saleh ne constitue pas pour vous un problème politique : vous n’entretenez aucun lien étroit avec le président ?
JOHAN VAN HECKE : Si vous êtes convaincu du contraire, il faudra le prouver. Il ne faut pas croire tout ce que publie Knack, surtout sous le couvert de la satire.
Votre amitié est un secret de polichinelle, comme en témoignent d’autres médias et du matériel filmé.
JOHAN VAN HECKE : C’est bien la preuve que je ne suis pas un ami intime de Museveni. Lorsque j’ai eu l’occasion de parler avec lui, j’étais presque toujours entouré de journalistes. J’ai également affirmé en public que je ne comprenais pas sa politique à l’égard du Congo, mais que j’appréciais d’autant plus ses succès sur le plan intérieur, entre autres son combat contre le sida.
(Ingrid Van Daele)